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Actualité

03/03/2016

« Nous allons bien souvent au-delà de notre mission »

Catégorie : Logement

Article du RĂ©publicain Lorrain du 02/03/16

La maraude de l'Udaf, c'est trois personnes sur le terrain pour un secteur qui couvre toute la Moselle-Est. Tant pour les urgences que pour l'accompagnement, la petite Ă©quipe mobile est sur tous les fronts.

L'équipe mobile en repérage dans un bâtiment désaffecté de Sarreguemines. Célia Naily, Pierre Nierenberger et Mélanie Bock sont accompagnés de Pascal Stelletta. Le jeune homme, en troisième année de formation d'éducateur spécialisé, effectue un stage de neuf mois avec la maraude. Une expérience qu'il ne regrette pas... Photo Thierry NICOLAS.

Bonjour, c'est Mélanie de l'équipe mobile ! Il y a quelqu'un ? » La jeune éducatrice spécialisée préfère s'annoncer, même si le bâtiment semble abandonné depuis de nombreuses années. La végétation a envahi les murs, les portes sont branlantes, les fenêtres cassées... A priori, rien n'indique que les lieux soient habités. Et pourtant, à l'intérieur, un matelas douteux est posé au sol où cannettes, mégots et paquets de chips éventrés sont disséminés. « Ça n'est pas récent », constate cependant Mélanie Bock, l'œil aiguisé.

Elle sait de quoi elle parle. Avec ses équipiers de la maraude, elle sillonne les routes de Moselle-Est à la rencontre de personnes en grande précarité. Des sans domiciles, des squatteurs, des âmes en errance. Certains ont fait de la rue un choix de vie, d'autres y ont été propulsés après un accident de parcours. Tous vivent souvent dans des conditions plus que précaires.

Plus que de l'urgence

La mission de l'équipe mobile de l'Udaf (Union départementale des associations familiales) est de les débusquer sur leur lieu de vie, et de leur apporter une aide immédiate. Pour cela, Mélanie Bock et Élise Grün, toutes deux éducatrices spécialisées, et Célia Naily, assistante sociale, apportent, dans leur camionnette, café chaud, nourriture, couvertures et vêtements.

« Nous ne sommes cependant pas que dans l'urgence mais aussi dans l'accompagnement », précise Mélanie Bock. « Nous allons bien souvent au-delà de notre mission », ajoute Pierre Nierenberger, chef de service. Après avoir répondu à l'urgence, l'équipe mobile tente au maximum de suivre les personnes, de les accompagner. C'est à ce moment que le large réseau de partenaires prend toute son importance.

« Nous sommes les médiateurs avec les différentes structures sociales et médicales ainsi qu'avec les associations », précise Mélanie Bock. « Nous permettons par exemple à certains d'accéder à leurs droits ou de trouver un logement », ajoute Pierre Nierenberger. Leur objectif ultime ? La réinsertion sociale. Mais ils en sont souvent loin. « Si la personne arrive à assimiler que nous sommes là, c'est déjà énorme. Le plus important c'est qu'ils sachent qu'ils ne sont pas seuls », estime l'éducatrice spécialisée. La création du lien est l'essence même de la maraude.

Tout au long de l'année

Née en 2008 mais uniquement pour la période hivernale, l'équipe mobile fonctionne toute l'année depuis 2012. « L'usage nous montre que nous sommes encore plus utiles en été qu'en hiver. Les gens se montrent plus, alors qu'en hiver, ils se réfugient dans leurs abris de fortune. Si demain, on nous disait à nouveau de nous arrêter au 31 mars, ce serait une catastrophe », maintient le chef de service.

Au contraire, il faudrait encore plus d'accompagnement. Comme des espaces bas seuil (hébergement où l'exigence, notamment vis-à-vis des addictions, est moins importante) ou des accueils de jour... Les idées, ça n'est pas ce qui manque au sein de l'équipe mobile. Ils sont pourtant déjà sur de nombreux fronts. Peu importe, l'essentiel est ailleurs pour Mélanie Bock : « La maraude, c'est de belles rencontres, des histoires difficiles, parfois de petites victoires : c'est un travail passionnant. C'est sûr qu'on donne beaucoup, mais on reçoit aussi en retour... »

Christel ZIMMERMANN.

« Je n'attendais plus rien... »

 

 L'équipe mobile a rencontré Marc à Sarreguemines. Photo Thierry Nicolas.

Épuisé physiquement et mentalement, Marc* n'attendait plus rien de la vie. Les traits tirés, un regard à la fois si clair, mais tellement brumeux, l'homme accepte de se confier sur sa vie. Originaire de Bretagne, il a tellement bourlingué qu'il s'emmêle un peu les pinceaux en évoquant son itinéraire tortueux. Il y a eu sa jeunesse à la Réunion, puis le retour en métropole avec des passages à Bayonne, Lyon, Gérardmer ou encore Nantes. Des voyages à l'étranger aussi, à travers toute l'Europe. Marc a la bougeotte. À 45 ans, il en a déjà rencontré des gens. Il en a vu des paysages et habité des logements. Il a aussi, à plusieurs reprises, connu la rue.

« La première fois, c'était en 2003. Mais j'étais alors plus jeune, c'était différent... », se rappelle l'homme. À cette époque, à Nantes, il a un toit au-dessus de sa tête et suit une formation d'ingénieur. Mais l'informaticien de métier veut aller trop vite. « J'ai planté le truc et tout perdu ... Mais j'ai fini par m'en sortir tout seul. »

L'hiver dans la rue

Dix ans s'écoulent ensuite, « où ça n'allait pas trop mal », jusqu'à son séjour à Lyon, en fin d'année dernière. Il se retrouve à nouveau dehors, avec pour seul bagage un matelas pneumatique troué et quelques affaires. Une période qu'il vit plus difficilement que la première fois. « Depuis cet hiver , j'ai dormi les ¾ du temps dans la rue et une semaine par-ci par-là dans différents CHRS (N.D.L.R. : Centre d'hébergement et de réinsertion sociale) ». Puis, il y a trois semaines, les aléas de la vie et des rencontres le mènent à Sarreguemines, où il n'a toujours pas de quoi se loger.

En pleine période de grand froid, Marc est à bout de forces : « J'attendais... Je savais qu'un matin ou l'autre, je ne me réveillerai plus... » Il demande de l'aide en appelant le 115. C'est l'équipe mobile qui vient le voir. Confrontée à la détresse de l'homme, elle fait tout pour le mettre à l'abri. Elle pousse les murs pour lui trouver un premier hébergement ; lui dit de se faire hospitaliser quand la place manque et fait le forcing pour lui trouver une chambre pérenne. « J'ai jamais vu de maraude comme ça. Eux, ils ne sont pas simplement venus avec une soupe et une boisson chaude. Ils n'ont pas lâché l'affaire. C'est ce qu'il y a de plus important pour moi. »

Désormais, Marc n'a qu'une ambition : se relever. « Trouver un logement, continuer à me retaper, reprendre du poids et de la forme et arrêter la bière, une mauvaise habitude que j'ai prise dehors... »

C'est tout le mal qu'on lui souhaite...

Quelques repères...

 

 3 travailleurs sociaux, présents toute l'année, composent l'équipe mobile de l'Udaf.

  • Elle couvre toute la Moselle-Est : de Saint-Avold Ă  Bitche en passant par Forbach et Sarreguemines.
  • 206 signalements ont Ă©tĂ© faits l'annĂ©e passĂ©e contre 181 en 2014.
  • 971 : c'est le nombre d'interventions en 2015 (contre 891 en 2014).
  • 20 % des personnes rencontrĂ©es sont des femmes .
  • 54 personnes ont Ă©tĂ© mises Ă  l'abri (44 en 2014).
  • 32 000 km ont Ă©tĂ© parcourus par l'Ă©quipe mobile en 2015.
  • 79 places sont disponibles en hĂ©bergement Ă  Sarreguemines, dont 24 en urgence. Ă€ l'heure actuelle, 85 personnes y sont logĂ©es.
  • Les 18 - 25 ans reprĂ©sentent 20 % des personnes aidĂ©es... Un pourcentage qui n'a de cesse d'augmenter.
  • 90 % des sans domicile fixe ont une addiction.
  • 06 78 95 46 33 : c'est le numĂ©ro direct de l'Ă©quipe mobile. En dehors des horaires de permanence, contacter le 115 pour tout signalement.

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