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Service mesure d'accompagnement judiciaire

23/08/2018

Tribunal de Sarreguemines : des majeurs sous protection de la justice

Catégorie : Au coeur des services

Article du Républicain Lorrain du 17/08

Mandataire à l'Udaf de Forbach, Marilyne Bertozzo suit au quotidien des majeurs protégés, placés sous curatelle ou tutelle par le juge. Elle gère leurs comptes, les accompagne pour toute décision importante.

Chantal Scherer-Darsch, responsable du pôle d'accompagnement social et protection à l'Udaf, et Marie Borraccia, chef de service à Saint-Avold. Photo RL

Problèmes d'addiction, dépressions à répétition, perte d'autonomie... Marilyne Bertozzo, mandataire judiciaire à l'Udaf (Union nationale des associations familiales), fait face à des situations aux antipodes. Son quotidien : suivre des personnes placées sous curatelle ou tutelle par le juge.

Aucune mesure de protection ne ressemble à une autre. « Elle s'applique au cas par cas selon l'histoire, le vécu », confie-t-elle. Une fois tous les deux mois, la mandataire va à la rencontre des majeurs protégés. Elle fait le point sur leurs finances, leurs besoins en fonction de leurs revenus. Elle entre dans leur intimité avec pudeur. « Il faut aimer ce métier, ne surtout pas juger les personnes que l'on a face à soi. » Il peut suffire d'un accident pour que tout bascule. Sa vie familiale, professionnelle, sociale.

Réponse à des besoins

La tournée débute dans une résidence sociale du bassin houiller. Stéphanie (*) y habite depuis près d'un an après des années d'errance. Elle a retrouvé une stabilité depuis peu, un appartement après avoir vécu un temps à la rue.

Sa reconstruction est progressive et fragile. Sa mandataire lui a fixé des objectifs simples comme prendre un abonnement téléphonique et repérer un canapé.

Marilyne Bertozzo dresse ensuite un état des lieux des dépenses et des rentrées d'argent, de l'épargne de précaution constituée pour « répondre de suite à un besoin particulier », des moyens nécessaires pour vivre, 100 € par semaine.

Un soutien rassurant

Les visites se poursuivent dans un logement cosy de Freyming-Merlebach. Christine (*) y vit avec son fils. Placée sous curatelle, la mesure vient d'être reconduite à sa demande également. « Je ne me sentais pas encore prête... »

Une sévère dépression a mis à mal sa confiance. Accompagnée par la mandataire, elle se sent épaulée pour affronter le quotidien, gérer les dépenses courantes. Mais la mission de Marilyne Bertozzo dépasse la « simple » gestion des finances. Elle l'écoute, l'informe sur ses droits, fixe les objectifs pour les cinq prochaines années : apurer les dettes et si possible retrouver un emploi. Un défi angoissant. « J'ai peur de chambouler mon rythme », de perdre pied à nouveau. « Je sais ce que j'ai traversé, le néant. Je ne le souhaite pas à mon pire ennemi... »

Analyse des pratiques

La tournée s'achève dans un pavillon de Cocheren, où vivent une dame alitée et son compagnon éreinté de devoir constamment veiller sur elle. Pour le soulager, Marilyne propose de placer temporairement sa conjointe en maison de retraite. Une décision difficile pour laquelle elle reçoit une fin de non-recevoir pour l'instant. « Les remises en question sont permanentes. On se demande souvent ce qu'on aurait pu faire d'autre. »

Une fois par mois, les mandataires de différents services se réunissent dans un groupe d'analyse des pratiques. « On évoque les situations qui posent problème. On prend du recul. C'est très déculpabilisant. »

Des jugements individualisés

L'Udaf de Forbach exerce les mesures de protection prononcées par le juge. L'association accompagne les personnes placées sous tutelle, curatelle ou sauvegarde de justice. Qu'elles vivent en foyer, à leur domicile, soient hospitalisées sous contrainte. Les mandataires travaillent en lien avec les partenaires. Le centre hospitalier spécialisé (CHS), les médecins, le département... « On aide la personne à retrouver une place dans la cité, en tenant compte de ses choix de vie, explique Chantal Scherer-Darsch, responsable du pôle d'accompagnement social et protection. L'objectif est de sécuriser la situation. » De trouver un logement, gérer les finances, « un RSA aussi bien qu'une fortune », s'assurer que les droits sont ouverts et maintenus. « Les jugements sont individualisés. Il est important de rechercher l'autonomie de la personne, de veiller à ce qu'elle peut faire seule. »

Une cinquantaine de dossiers par mandataire

Chaque mandataire gère une cinquantaine de dossiers et intervient dans des situations variées. Par exemple, pour soutenir une femme de 97 ans, veuve. « Son fils était décédé, retrace Marie Borraccia, chef de service au pôle de Saint-Avold. Elle n'était en contact qu'avec sa petite-fille. » Suite à une chute, elle est hospitalisée et se retrouve en fauteuil. « Elle ne pouvait plus rester dans son logement. Sa petite-fille voulait la placer. » Elle refuse. « Une assistante sociale a sollicité une mesure de protection. » La nonagénaire est placée sous tutelle. « On lui a trouvé un logement adapté, signé le bail, demandé l'allocation personnalisée d'autonomie (Apa). » Les dettes sont régularisées. « On a respecté sa volonté. » A l'issue de l'accompagnement, l'Udaf rédige un rapport au magistrat, dans lequel elle préconise la mesure la plus adaptée. « Le juge reste souverain. »

D'aliéné à vulnérable

●  Loi de 1838. Les prémices des mesures de protection voient le jour. Elles concernent les personnes aliénées internées.

●  1949. Créée en 1945, l'Udaf, association de défense des intérêts matériels et moraux des familles auprès des pouvoirs publics, met en place une délégation départementale de la tutelle pour gérer les problèmes d'alcoolisme ou de prestations sociales.

● 1964. Une loi structure les mesures de protection. Le terme aliéné est remplacé par "incapable majeur".

●  1979. Quand la mesure ne peut être exercée par la famille, elle est déclarée vacante. En 1979, le préfet confie l'accompagnement à l'Udaf. Un service de tutelle est mis en place.

●   2007. La loi met l'accent sur la prise en charge, le respect de la dignité, de la liberté et les bonnes pratiques. L'objectif est de tendre vers l'autonomie, « ce qui ne signifie pas une obligation de résultat, explique Chantal Scherer-Darsch. Il s'agit d'une population confrontée à des difficultés sociales, de logement, de handicap », d'altération mentale. Non plus d'aliénation.

 

 


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